10.08.2008
LOI SUR LES DROITS ET LES DEVOIRS DU DEMANDEUR D’EMPLOI
En février dernier, l’ANPE et l’Assedic fusionnaient pour laisser place à un guichet unique. Une révolution ! Exit l’accompagnement, bonjour au placement à tout prix. Il y a quelques jours, la loi sur les droits et les devoirs des demandeurs d’emploi était votée. Autant vous dire que ceux qui diront ne pas avoir de travail seront « les nouveaux très pauvres de la République ». En effet, s’ils n’ont toujours pas d’emploi au bout d’un an, c’est qu’ils n’auront plus de ressources. Avec le nouveau dispositif d’accompagnement, le demandeur n’aura plus le choix, il devra absolument trouver un emploi dans les trois premiers mois de son inscription sous peine d’être fortement sanctionné. Accepter n’importe quel emploi à n’importe qu’elle prix, voici la nouvelle règle !
L’idée générale de réviser les dispositions actuelles concernant les chômeurs n’est pas si mauvaise que ça, bien au contraire, c’était une obligation car il y avait trop d’abus. Mais dans le détail, c’est autre chose. Nous n’avons pas le droit de rendre le chômeur responsable de sa situation (PS). Voilà une phrase tellement d’actualité ! Un nombre important de « demandeurs » ne l’est pas réellement, préférant toucher les allocations le plus longtemps possible. Cette catégorie est nuisible et cette loi sonnera pour eux le glas d’une vie d’assistanat. D’autres, la majorité, souhaite plus que tout retrouver un emploi, mais pas forcément dans le domaine professionnel qu’ils ont quitté ou dans la droite ligne de leurs diplômes. Malheureusement, l’effet pervers de cette loi obligera le vrai demandeur à accepter un emploi et un salaire bien au dessous du seuil acceptable pour lui. Deux propositions raisonnables. Pour qui ? La question reste posée.
Est-ce raisonnable de demander à un chômeur de trouver un emploi se trouvant à 1h30 de chez lui avec un salaire minimum ? Qui paiera le transport (l’essence ou la carte orange) ?
C’est pourquoi nous craignons que le seul effet de cette loi ne soit de faire baisser le taux de chômage en contraignant les chômeurs à accepter ce qu’on appelle des « petits boulots ». On nous dira que l’on peut prendre ces emplois à titre provisoire, en attendant de trouver un poste plus conforme à ses attentes. Certes, mais nous savons tous combien il est difficile de rechercher un emploi quand on travaille (rédaction de lettres de motivation le soir en rentrant épuisé, obligation de prendre des congés pour passer les entretiens, parfois refusés par l’employeur). D’autre part, nous connaissons tous l’exigence importante des employeurs en matière de CV. Quelle sera la réaction des employeurs face à un ingénieur qui alignera serveur puis éboueur ? Ou un vétérinaire contraint d’exercer les fonctions de sexeur de poussins ? Le risque est tout simplement d’être « enfermé » dans ces petits boulots et de ne plus pouvoir retrouver d’emploi correspondant à sa formation et à ses compétences.
Nous souhaitons que les demandeurs d’emploi puissent bénéficier d’un véritable accompagnement et non de mesures de contraintes destinées à faire baisser le taux de chômage.
Guillaume EPRY, délégué Jeunes Actifs de l'Essonne (91)
Anne BOULESTIN, responsable des Jeunes Actifs du Nouveau Centre
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