08.09.2008

LE COUT DU TRAVAIL EN FRANCE EST-IL UN FREIN A LA CROISSANCE ?

2836839263_f5e4f549c9.jpgAu cours des universités d'été du Nouveau Centre, à La Londe Les Maures (Var) a eu lieu un atelier de réflexion Jeunes Actifs sur le thème : "Le coût du travail en France est-il un frein à la croissance ?". L'intervenant principal de cet atelier était M Charles de Courson, député de la Marne, trésorier du Nouveau Centre et parrain des "Jeunes Actifs du Nouveau Centre.

Qu’est-ce que le coût du travail ? Quand un employé perçoit 100 € nets, cela coûte entre 70 et 75 € à l’entreprise. C’est un coût très élevé. Avec les progrès techniques, les emplois peu qualifiés ont progressivement disparu, et donc une partie de la population qui auparavant occupait ces emplois est devenue quasiment inemployable d’où la généralisation d’un système d’assistanat. Par exemple, une employée de maison payée au SMIC ne coûte via les crédits d’impôts que le tiers de son salaire à la famille qui l’emploie. L’ensemble de ces mesures, étendues à l’hôtellerie, la restauration, l’industrie textile, aux banlieues, coûte désormais 32 a 33 milliards d’euros.
Le salarié voit une telle différence entre le salaire brut et ce qu’il perçoit (le salaire net), en raison du nombre et du niveau des différentes cotisations (retraite, sécurité sociale, prestations familiales…) qu’il a l’impression d’être « pompé ». Le salarié va alors comparer son salaire net à ce que perçoit celui qui ne travaille pas. Un couple au RMI avec 3 enfants peut toucher plus que la même famille dont un seul des 2 parents est rémunéré au SMIC. Sur 2 millions de chômeurs, la moitié est indemnisée par l’UNEDIC, mais la dégressivité est très forte. Le RMI, contrairement aux allocations de chômage, n’est pas borné dans le temps. Certains restent RMIstes pendant 10-15 ans et en sortent à 60 ans pour toucher le minimum vieillesse. Pour récompenser le retour à l’emploi des travailleurs pauvres, les gouvernements ont crée la prime pour l’emploi (PPE). La gauche voulait faire baisser la CSG, mais comme la CSG est un impôt, une telle baisse est impossible car anticonstitutionnelle. Actuellement 25% des actifs salariés bénéficient de la PPE mais le versement de la PPE intervient jusqu’à 18 mois après la reprise d’un emploi, ce qui nuit à la lisibilité de la mesure.
Une autre solution serait de permettre le cumul prestations-salaires. Cependant cette politique encourage le travail à temps partiel. Un exemple : une secrétaire reprend un emploi en interim à 80 % et devient chômeur actif indemnisé (10% des demandeurs d’emploi). Elle percevra davantage en fin de mois que si elle avait repris une activité à 100%, ce qui incite à conserver un travail précaire, à temps partiel. Dans ce cas, les aides de l’état ont encouragé la précarisation. N’est-ce pas une aberration ?
L’idée du RSA permettrait une refonte du système et de le rendre plus lisible. Le RSA complète les revenus dès la reprise d’activité, contrairement à la prime pour l’emploi, qui est versée 6 mois après. A égalité de temps de travail et de salaire, le revenu d’un allocataire du RSA sera donc supérieur à celui d’un salarié « classique » rémunéré au SMIC. De plus, le montant du RMI dépend de la taille de la famille et non du coût du travail. Quand on accepte le cumul RMI-revenu comme le RSA, cela pénalise le jeune actif célibataire sans enfant.
Une autre solution serait d’augmenter le SMIC, mais une augmentation du SMIC de 10% coûte beaucoup plus cher car les cotisations explosent. D’autre part, la suppression progressive des emplois peu qualifiés réduit les chances du public du RSA de trouver un emploi.
Une autre question est le caractère permanent du RSA. Si on reste à temps partiel pendant 15 ans, on cumulera RSA et salaire pendant 15 ans. Ce système à terme risque de promouvoir le travail à temps partiel. En effet, le RMIste touche beaucoup d’autres avantages : l’allocation pour le logement (120% du loyer soit le loyer plus environ la moitié des charges), des réductions sur le prix des transports ainsi que le CMU. Certains ont recours au travail au noir comme « complément de revenu ». Reprendre un travail à temps plein, au SMIC, aboutit à la suppression de tous ces avantages, d’où le développement du sentiment que le travail est un frein au niveau de vie.
Si on ne met pas en place une vraie politique de valorisation du travail et de formation, on crée une France qui se déchire (150 000 jeunes quittent chaque année l’éducation nationale sans diplôme). Il faut un juste prix du travail relatif à la productivité. Les minima sociaux sont utiles mais il ne faut pas créer une dévalorisation du facteur travail avec les conséquences psychologiques et sociales qui en découlent.
Comme les SMICards sont de plus en plus nombreux, il y a perte de la notion de l’ascenseur social. Les perspectives d’évolution individuelles disparaissent, le sentiment de ne pas avoir de place dans la société s’installe, c’est le « no future ». L’accroissement de la précarité entraîne une instabilité sociale et donc une difficulté à constituer une cellule familiale pour les jeunes.
Les aides de l’Etat permettent de diminuer le coût du travail mais incitent au temps partiel et peuvent devenir des trappes à bas salaires. Ainsi, la proportion de SMICards en France est anormalement élevée.

Anne Boulestin, Secrétaire générale adjointe des Jeunes Centristes
Frédéric Vincent, fédération de l'Essonne